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La Voix du Nord - Edition du dimanche 11 mars 2007


Avec la publication d’un sondage exclusif, nous commençons une longue enquête sur la santé du Nord - Pas-de-Calais


Un Nordiste sur deux ne va pas chez le médecin (1)

L’état de santé de la région n’est donc pas bon. Depuis des années. Les raisons sont multiples, mais une chose est sûre : le manque de moyens n’arrange rien. Les habitants, eux, se débrouillent comme ils le peuvent. Un peu résignés. Pas étonnant qu’on ait « limité les dégâts ».

PAR BERNARD VIREL
region@lavoixdunord.fr

En me montrant la carte de la mortalité (1), Olivier Lacoste, directeur de l’Observatoire régional de la santé, préfère me prévenir : « Il y a des taux records de mortalité dans certains secteurs de la région qu’on ne retrouve pas ailleurs en France. » Les fameux (tristes) records du Nord - Pas-de-Calais, évoqués régulièrement, ici et ailleurs, comme une litanie sans fin. Avec en corollaire l’idée que c’est comme ça depuis la nuit des temps et qu’on ne peut rien y changer. Les Bretons s’en sont sortis, mais nous non… À qui la faute ? À la région, aux habitants, aux politiques, aux médecins, aux hôpitaux… Au fond, qui sait ? C’est comme ça, c’est tout. Sauf qu’au fond de son lit, Marc, arrivé avec les pompiers aux urgences du centre hospitalier de Denain, n’a que faire des statistiques. Même si, aujourd’hui cancéreux, il revient sur sa négligence, sur sa malheureuse habitude de ne pas voir un médecin : « On aurait pu voir le problème plus tôt.» Il n’est pas seul à agir comme ça. Près d’un habitant sur deux de la région ferait comme lui. « Je me soigne seul », avouent 47 % des habitants face au premier problème de santé. Comme un réflexe, une habitude fortement liés à l’histoire de la région, où l’on ne consulte que lorsque l’on a « vraiment mal ».

Dans le Sud, à Paris ou en Belgique…
Même si les choses sont complexes, évidemment. Car dans la région, il n’y a pas que des malades négligents. Ainsi sait-on qu’ils sont nombreux comme Nadine, la cinquantaine, à voir « un ophtalmologue pendant les vacances car…. dans le Sud les délais de rendez-vous sont beaucoup moins longs ». C’est pour elle aussi devenu une habitude. Il y a aussi ceux qui vont à Paris, voire en Belgique. Malheureusement, ce qui est déjà (tristement) vrai pour un ophtalmologue ne peut l’être pour un psychiatre. Martine, habitante du Valenciennois, dépressive, en attente d’un rendez-vous chez un psychiatre dans un mois et demi, le confirme. Elle attend, comme les autres. En espérant que les choses ne s’aggravent pas.
Une chose est sûre : on s’organise un peu partout dans la région. On vit avec les manques. Comme résigné. Même chose pour les enfants. Sabrina, habitante de Sallaumines, est venue directement aux urgences pédiatriques de Lens, avec Angelo, son fils. « Il est suivi par un médecin généraliste.
Cette fois, il fait une crise d’asthme. » Un pédiatre ? Elle n’en connaît pas dans le secteur où elle habite. Il est vrai qu’il en manque cruellement dans l’agglomération lensoise. Là encore, les habitants se sont habitués… et les professionnels aussi.
Car rien ne va très mal au fond, les chiffres sont plutôt positifs : l’état de la santé de la région s’améliore… comme d’ailleurs celui des autres régions de France. Et l’écart, comme la dernière place, perdure, invariablement.
« On a limité les dégâts », reconnaît laconiquement Olivier Lacoste. Sans plus. Un constat qui sonne là encore comme une résignation. Même si les médecins un peu partout se démultiplient. Comme celui, un peu débordé, dans l’Hesdinois, qui découvre une salle d’attente pleine et confie : « Il faudra que je les voie tous. On ne peut renvoyer personne... » Même si pour le dernier malade, il sera forcément un peu tard. Avec à la clé une attente qui ne donne pas forcément envie de venir… sans une bonne raison. Mais quand le sait-on ?
Alors, des moyens, sans doute en faudrait-il davantage… au moins autant qu’ailleurs. Voire plus si l’on tient compte du mauvais état de santé de la région.
Pour permettre aux habitants un jour de retrouver d’autres habitudes. D’inverser une fâcheuse tendance. Rien que ça. La région ne le mérite-t-elle pas ? 


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