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La Voix du Nord - Edition du mardi 13 mars 2007


La région dans un mauvais état de santé (2/2)

Le Nord - Pas-de-Calais affiche d’impressionnants taux de surmortalité (avant  65 ans). Certains secteurs atteignent + 65 % par rapport à la moyenne nationale

Des taux records de mortalité avant 65 ans mettent en évidence un phénomène dont l’ampleur était peu connue jusque-là : certaines parties de la région sont cruellement dévastées dans le domaine de la santé.

PAR BERNARD VIREL
region@lavoixdunord.fr

Et si l’on commençait par une bonne nouvelle ? La région n’a pas toujours été la dernière de la classe pour son état de santé. Tous les responsables régionaux sont d’accord. Jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale, la mortalité régionale suivait la courbe nationale, parfois même légèrement en retrait. Et puis, comme le souligne Olivier Lacoste, directeur de l’observatoire régional de la santé (ORS), est arrivée « la crise économique et sociale des années soixante - soixante-dix, avec la fermeture des puits de mine, les problèmes de la sidérurgie, etc. ».
Une période douloureuse qui succédait à une forte industrialisation. Ce qui a profondément déstabilisé la population. Mais les comportements sociaux, de type ouvriers – « marqués notamment par un recours tardif aux soins » – ont perduré, voire se sont accentués, faute de moyens financiers.

Les écarts avec la France persistent Alors la machine s’est emballée pour en arriver aujourd’hui à la plus faible espérance de vie de France. Avec des taux de mortalité prématurée (avant 65 ans) accablants : + 34 % chez les hommes, + 28 % chez les femmes. Même si, avec le temps, certains indicateurs montrent une légère amélioration, « il reste, souligne Michel Autès, vice-président chargé de la santé à la Région, que les écarts persistent avec la moyenne nationale ». Des écarts inacceptables.
Le constat est implacable pour Olivier Lacoste : « La région reste la dernière de France pour son état de santé… Et l’on n’arrive pas à sortir de cette crise aussi vite qu’on aurait pu le penser. D’autres y sont pourtant parvenus. » D’autant que sur le terrain, les choses se compliquent, avec de grandes disparités. « Les statistiques de la région sont plombées par certains secteurs », constate le directeur de l’ORS. Principalement visés : l’ex-bassin minier et le Hainaut. « Avec des comportements individuels, explique-t-il, excessifs très marqués (alcool, tabac), avec les conséquences que l’on connaît : cancers, etc. ». Alors que – on le sait moins – il « y a dans la région plus de non-buveurs qu’ailleurs mais ceux qui boivent le font beaucoup plus ».
D’ailleurs certaines zones s’en sortent mieux : le littoral et surtout la métropole (avec des taux relativement proches de la moyenne nationale).
Ce qui forcément entraîne l’analyse sur le terrain social, économique, culturel.
« L’état de santé est une inégalité de plus entre le cadre et le chômeur », souligne Jean-Claude Westermann, à la tête de la direction régionale des affaires sanitaires et sociales (DRASS). Car la santé d’une population dépend de facteurs multiples… Il avance même un chiffre : «  80 % de l’état de santé des habitants dépend d’autres éléments que le seul système de soins. » Pas étonnant que même à la tête de la DRASS, il voie plus loin que le cabinet médical, avec pour changer la donne « des actions dans le domaine social, l’économie, les transports, l’environnement ».
Malgré tout, dans le domaine sanitaire, il avance le plan régional de santé publique où se retrouvent d’ailleurs la plupart des services de l’État et de l’assurance maladie, et même l’Éducation nationale, Jeunesse et Sports, etc. Avec à la clé un budget de 8 à 10 millions d’euros par an pour des actions qui se veulent concrètes, et préventives. « On veut peser sur le cours des choses », résume le directeur de la DRASS.

La région « volontariste »
Michel Autès ne pense pas autre chose, en soulignant que le conseil régional – depuis sa création – est actif dans un domaine qui n’est pas de prime abord de sa compétence (17 ME cette année). « Au début, c’était une attitude purement volontariste. Mais on ne pouvait rester sans rien faire », souligne-t-il. Même si vingt et un ans plus tard, le bilan n’est pas spécialement flatteur. Au moins le pire a-t-il pu être évité… Même si la région – c’est l’urgence du moment – « manque toujours d’équipements hospitaliers » par rapport à la moyenne française.
Alors que vu son état de santé, souligne l’élu régional, on aurait pu s’attendre à ce que « le Nord - Pas-de-Calais soit mieux doté que les autres ».
Un paradoxe qui résume bien le marasme nordiste. •  



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