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La Voix du Nord - Edition du mercredi 14 mars 2007


Mais où sont passés les médecins ? (3)

DOSSIER • Des généralistes mal répartis, des spécialistes absents (– 30 % par rapport à la moyenne nationale). L’offre médicale n’est pas adaptée à la situation de la région

Daniel Anache est médecin à Sainte-Austreberthe, près d’Hesdin. Dans un secteur où les généralistes manquent cruellement.

PAR BERNARD VIREL
region@lavoixdunord.fr
PHOTO GUY DROLLET  
> 8 h 10 : arrivée au centre médical (1). –
Le docteur Daniel Anache commence ses consultations. Sur rendez-vous. «  Ça permet aux gens de moins attendre. » Moins attendre, mais le temps est compté malgré tout. « Il faut toujours prévoir cinq à six patients par heure… Soit une consultation toutes les dix minutes. » Sans compter «  les urgences entre deux… Cela retarde tout, bien sûr, mais c’est notre métier ». Ce matin-là, c’était le cas : une dépressive… « Quand cela se produit, je me donne le temps : vingt minutes. »
 > 10 h : un vieil homme sort. –
On le voit descendre les quelques marches d’un pas hésitant. « En d’autres temps, je serais allé le voir. Là, il est venu : on limite les visites au maximum. » Cette mesure d’économie a «  forcément augmenté les consultations ». Et comme il manque de médecins dans le secteur – 1 pour 972 habitants –, la salle d’attente ne désemplit pas. Beaucoup de cas de grippe, de gastro… et des « malades chroniques ».
 > 10 h 30 : départ vers un centre de soins. – Le docteur Anache est aussi médecin coordonnateur dans un centre de soins. «  C’est vrai, j’aurais pu m’abstenir, confie-t-il, mais ça me plaît. J’ai un pied à l’hôpital. Je gère 80 lits de long séjour. » Ce matin-là, il y avait une réunion de service.
 > 11 h 15 : le secrétariat au bord de la crise de nerfs. – Martine, secrétaire au centre médical : « C’est catastrophique. Les gens sont agressifs. Ils veulent qu’on puisse les prendre tout de suite. C’est impossible. Il y a de moins en moins de médecins. » Et les reproches pleuvent quand la sentence tombe : « Aujourd’hui il n’y a plus de place. » « Même chose quand on essaie de faire le tri entre les urgences et ce qui peut attendre… Vous n’êtes pas médecin nous disent-ils. Pourtant on essaie de faire de notre mieux. » Le téléphone n’arrête pas.
 > 13 h : le temps de la pause. – Place d’Hesdin, je retrouve Daniel Anache. « Dans le secteur, la population vieillit, ce qui forcément provoque un accroissement des besoins. » Mais il aime la région : « J’ai fait ce métier au départ un peu par hasard. Des copains faisaient médecine. J’ai suivi. J’ai trouvé ça passionnant. » Sans regrets.
Aujourd’hui, il a une seule crainte : passer à côté d’un problème. « C’est le piège d’être surbooké. Il faut toujours rester attentif. »  
> 14 h : début des visites. –
« J’ai un secteur de 15 - 20 km autour d’Hesdin… mais il m’arrive d’aller jusqu’à la Somme pour des habitués. C’est le secrétariat qui gère les gens qui doivent venir en consultation ou qu’il faut aller voir. Un choix pas toujours facile d’ailleurs… » Cet après-midi, le Dr Anache doit aller notamment voir un nourrisson, un homme de 84 ans qui s’est peut-être fracturé une cheville, une malade d’Alzheimer… Et d’autres cas, « des déplacements pas toujours justifiés… mais qu’il faut assurer en faisant promettre aux patients de venir à la consultation la prochaine fois ».
 > 17 h : retour au centre médical. – Le premier rendez-vous attend. Au secrétariat, on continue de faire barrage : «  On n’y arrivera pas. C’est complet. » Le ballet se poursuit. « Malgré tout, je n’oublie pas de faire de la prévention. Cela fait partie de mon rôle aussi. »  
> 20 h 30 : fin des consultations. –
« Chaque jour, je pars vers 20 h 30 - 21 h. En gros, je vois cinquante patients par jour. J’ai l’impression d’être toujours sous pression. J’ai du mal à souffler entre deux rendez-vous. Je ne souhaite à personne de travailler dans de telles conditions… » Un peu désabusé à 50 ans. Et après ? « C’est la grosse question qu’on se pose entre médecins. On n’est pas sûr d’avoir un jour un remplaçant. C’est l’effet 35 heures. Personne n’a envie de travailler autant. » Autre handicap : attirer les jeunes médecins à Hesdin. Pas évident. « On en a trouvé un mais c’est rare…  » Alors, en attendant, il continue : « De toute façon, je ne voudrais pas changer de métier. Pour rien au monde. » Malgré tout.
 •  1. – Le centre médical compte six médecins généralistes.
 > Retrouvez les volets précédents de notre enquête sur lavoixdunord.fr

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