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La Voix du Nord - Edition du vendredi 5 octobre 2007


Ce que cache le conflit des internes

SANTÉ • Ils sont en grève « totale » aujourd’hui pour défendre la liberté d’installation. Mais quel sens donner à leur combat alors que des régions – la nôtre en tête – manquent de médecins ?

Les internes du Nord - Pas-de-Calais sont, selon les secteurs, de 60 % à 100 % à respecter le mouvement de grogne. Ils ne veulent pas entendre parler d’une quelconque limitation de leur liberté d’installation et pointent du doigt le projet de Roselyne Bachelot. Qu’en est-il réellement ?

PAR BERNARD VIREL
region@lavoixdunord.fr

 

> Que se passe-t-il aujour-d’hui ? – En grève depuis le 27 octobre des gardes et astreintes, les internes annoncent pour aujour-d’hui « une journée sans internes ». Une étape de plus dans le conflit, sauf que Damien Classeau, interne au CHRU de Lille, précise aussitôt : « On se déclare grévistes sauf assignation de façon à assurer les soins. » Pas de conséquences visibles pour les malades, mais la volonté de faire du bruit, à leur manière. « Nous allons faire une manifestation sur la grand-place, explique Damien Classeau, à notre manière en en faisant une journée de prévention : rappel du dépistage du cancer du sein, distribution de préservatifs, prise de tension.  » Ils donneront aussi leur sang.
 

 

> Que dit Roselyne Bachelot ? – Lundi à Lille, Roselyne Bachelot a appelé « à la concertation » sur le sujet de la répartition des médecins. Une concertation « prévue dans le projet de loi », mais qui ne préjuge en rien «  des solutions qui pourraient être apportées ». « Il y a déjà des mesures incitatives pour les médecins, des majorations d’honoraires pour aller s’installer dans des zones sous-denses (1). On se rend compte que ce n’est pas suffisant. Je suis prête à aller plus loin, mais à condition que de manière conventionnelle, on négocie aussi des mesures “désincitatives”. Car pour que des médecins aillent dans des zones sous-denses, il faut que certains acceptent de ne pas aller dans des zones sur-denses. » Tout en rappelant son attachement « au principe intangible de la liberté d’installation ». On le voit, l’argumentaire est subtil, la discussion a priori ouverte avec les médecins, les caisses d’assurance maladie et les jeunes médecins, mais – incontestablement – la volonté politique est bien de rééquilibrer le territoire, pas sans contraintes, si on se réfère à la situation actuelle.
 

 

> Que dit le projet de loi ? – C’est le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2008, récemment présenté par la ministre de la Santé, qui a mis le feu aux poudres. Que dit-il ? L’article 32 met en avant un constat : «  Les professionnels de santé sont inégalement répartis », ce qui pose « un problème d’accès aux soins ». Cet article du projet de loi souligne le souci de se pencher sur un véritable état des lieux, « des zones présentant une densité de professionnels insuffisante… élevée ou trop élevée ».
Un état des lieux, établi après « avis des représentants dans la région des organisations syndicales représentatives des professionnels de santé concernés ». Et pour finir, cette invitation, « aux partenaires conventionnels de tirer les conséquences du choix de s’installer en zone sur-dense ». Faute de quoi, « en cas d’échec des négociations, le gouvernement sera appelé à agir dans ce domaine ».
 

 

> Que disent les internes ? – « Nous réclamons le retrait de l’article 32. » Damien Classeau le traduit déjà par la perspective d’un « non-conventionnement en zone de surdensité médicale » quand un jeune médecin s’y installerait malgré tout. Et des habitants qui pour lui en feraient les frais, en allant voir « des médecins non conventionnés  ». « Le texte ne règle en rien le problème de la démographie médicale », poursuit-il, car « on ne forcera jamais les médecins à aller dans des zones déficitaires ». Des solutions ? Des « mesures incitatives » uniquement : «  Davantage de postes post-internat pour que les internes créent des réseaux dans la région où ils étudient et aient envie d’y rester », « augmenter les liens entre le centre universitaire lillois et le reste de la région », «  un système de bourses (2) avec en contrepartie un certain nombre d’années à faire dans la région où l’on étudie »…  •  1. – Zones sous-denses : régions où l’on manque de médecins par rapport à d’autres où il y en a trop (sur-denses).

2. – Daniel Percheron a fait cette proposition (« La Voix » de dimanche).




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