La Voix du Nord - Edition du samedi 15 mars 2008
Antibiotiques : la région peut mieux faire
La consommation baisse. Une bonne nouvelle pour la santé publique même si le combat n’est toujours pas gagné.
La consommation des antibiotiques est en baisse. En France (– 23,4 %) comme dans la région (– 29,2 %) qui reste malgré tout largement en tête sur le plan national. Difficile là encore de tourner le dos aux habitudes.
PAR BERNARD VIREL
region@lavoixdunord.fr
PHOTO KARINE DELMAS
« Les antibiotiques, c’est pas automatique… » Qui peut encore l’ignorer après la campagne de l’assurance maladie ? Un slogan efficace pour rappeler que si les antibiotiques sont utiles contre les bactéries, ils ne peuvent rien contre les virus. Avec, outre l’ambition de couper court à certaines contrevérités, le souci de faire baisser la consommation d’antibiotiques en France et dans la région (classée première sur le plan national). C’est qu’il y avait urgence… « C’est une priorité de santé publique, explique Muriel West, responsable antibiotiques à la caisse primaire d’assurance maladie de Lille. La France était depuis plusieurs années, le pays premier consommateur d’antibiotiques en Europe. » Un constat inquiétant quand on sait que « trop d’antibiotiques augmentent la résistance des bactéries », ce qui a amené de nombreux experts à « tirer la sonnette d’alarme ». Sachant que c’est dans les pays où l’on est le moins consommateur d’antibiotiques (Suède, Allemagne notamment) que l’on vient le mieux à bout des bactéries… La région, dans ce domaine, faisait encore pire que la moyenne nationale.
« On a encore du boulot »
Malgré tout, le message a porté : le bilan 2007 montre une baisse de 23,4 % sur le plan national en cinq ans, et de 29,2 % sur un plan régional (à mettre en parallèle avec un objectif de – 25 % de consommation d’antibiotiques à fin 2007). Avec dans le détail, une baisse spectaculaire de 37,4 % pour les enfants pendant la période 2002-2007. De bons résultats à mettre au crédit des actions de prévention comme la mise en place du test rapide à l’angine (TDR) qui permet de savoir s’il est nécessaire ou pas de donner des antibiotiques.
« Ça baisse, mais on a encore du boulot, explique Muriel West, d’autant que dans la région, on part de loin. » Et si la France a cédé sa première place de pays consommateur en Europe à la Grèce, le Nord - Pas-de-Calais (toujours plus de six prescriptions sur dix comprennent des antibiotiques) reste toujours devant les autres régions françaises, notamment la Picardie, le Limousin et la Franche-Comté… Avec plusieurs explications à ce phénomène. Tout d’abord, inévitablement, un état sanitaire « pas bon » qui s’ajoute à des caractéristiques sociales et environnementales pas favorables (précarité, chômage, climat humide). Et des disparités importantes dans la région : « Dans certaines zones rurales, poursuit Muriel West, on va moins chez le médecin, mais on y va quand c’est grave. » Même constat dans les secteurs défavorisés. Sans oublier l’autre particularité : son taux d’enfants (grands « consommateurs » d’antibiotiques) supérieur à la moyenne nationale.
Tous ces facteurs – notamment les particularités locales – mettent en évidence « des prescriptions atypiques d’un médecin à un autre ». Ce qui ne favorise pas, du coup, les actions pour faire baisser le niveau de consommation. Il reste à poursuivre les actions pédagogiques : des actions autour des antibiotiques et des microbes proposées aux enfants, un outil d’animation pour les structures relais petite enfance, et cette année un travail plus spécifique (avec les médecins et les structures de relais petite enfance) dans les secteurs où l’on prescrit le plus d’antibiotiques… Des actions pour maintenir le cap.



