La Voix du Nord - Edition du mardi 25 mars 2008


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INTERVIEW
André Flajolet : « En matière de santé, il faudra un jour avoir le courage de mettre le paquet »

Mars 2007 : « La Voix du Nord » publie une enquête santé avec des constats accablants pour la région. Octobre 2007 : Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, confie une mission à André Flajolet, député du Pas-de-Calais, pour réduire les inégalités territoriales. Avec le Nord - Pas-de-Calais comme « laboratoire ». À quelques jours de lui remettre son rapport, il nous en dévoile les principaux axes.


PAR BERNARD VIREL
region@lavoixdunord.fr
PHOTO JEAN-YVES BONVARLET

 



– Il y a un an, paraissait notre enquête. Pour vous, des choses ont-elles bougé ?
« En un an, si quelque chose a bougé de façon importante, c’est la conscience que nous ne pouvions pas continuer comme maintenant sans risquer de nous trouver à un moment donné au bord d’un précipice. On s’aperçoit que la démographie médicale va poser (et pose déjà) un certain nombre de problèmes, que le schéma traditionnel de la médecine libérale, avec une médecine à l’acte, est reconnu par de nombreux médecins et spécialistes comme obsolète, que les agences régionales de l’hospitalisation (ARH) ont permis de moderniser un certain nombre d’outils en matière hospitalière mais qu’il reste beaucoup à faire sur l’organisation territoriale et sur les relations apaisées voire contractuelles entre l’hôpital public et l’hôpital privé. Sans oublier la prévention qu’il faudrait professionnaliser. »

 

– Roselyne Bachelot vous a confié une mission. Qu’avez-vous fait ?
« Tout d’abord, j’ai passé un temps considérable à écouter. Aussi bien des praticiens hospitaliers, des généralistes, que des syndicats d’étudiants. Dans ce rapport, je veux insister sur le fait que les agences régionales de santé (ARS) qui vont prendre la suite des ARH doivent absolument avoir dans leurs domaines de responsabilité la prévention. Car au fond la première pratique pour la santé individuelle et collective est d’essayer de conserver le plus longtemps possible le capital santé, ce qui suppose des comportements individuels et collectifs appropriés. »

 

– Que préconisez-vous ?
« Il y a un certain nombre de phénomènes qui peuvent être modifiés pour faire en sorte que les agressions contre le capital santé soient moins importantes. Actuellement, la prévention n’est pas dans le champ de la santé, elle n’y est que de façon indirecte, contrairement à ce qui se passe dans les pays du Nord, au Canada aussi où la politique des collectivités territoriales, de l’État, vise à prévenir des risques de perte de santé. C’est une nouvelle donne en France où l’on part d’une politique de soins… Chacun doit se demander : “Comment je fais pour la garder le plus longtemps possible ?” »

 

– Quelles sont les pistes concrètes ?
« Dans le domaine scolaire, l’alimentation est importante pour le capital santé des enfants. Il faut donc veiller à une nourriture équilibrée, introduire des diététiciennes. Il faut aussi voir comment les collectivités locales qui s’impliquent dans la prévention peuvent être soutenues. Une proposition concrète : pourquoi ne pas reconvertir les étudiants STAPS qui restent sur le carreau pour qu’ils deviennent éducateurs médico-sportifs à destination des associations du monde scolaire. Sur le champ de la prévention, il faut d’ailleurs qu’on implique tout le monde : les collectivités, les associations, le monde scolaire, la médecine du travail. Ainsi, n’est-il pas nécessaire par exemple de redéfinir certaines missions des médecins du travail  ? »

 

– Qu’avez-vous découvert ?
« En santé, plus qu’ailleurs, j’ai trouvé que les schémas étaient très cloisonnés. Quand j’évoque l’idée de mettre en place de façon systématique les politiques de prévention au sein même du nouveau dispositif (agences régionales de santé), certains soignants ne comprennent pas. Tout comme quand je propose d’alléger le travail des médecins et diminuer le temps administratif, d’élargir le système du forfait pour les affections longue durée – avec un nombre de rendez-vous prévus à l’année pour telle maladie – ce qui évite le paiement à l’acte, la paperasserie… Il faut savoir que la médecine générale a une mission de service public qui doit être assumée d’une façon ou d’une autre. Ce qui n’est actuellement pas le cas entièrement sur le territoire national. »

 

– Que proposez-vous pour les médecins généralistes ?
« En France, depuis vingt ans, le médecin généraliste est quand même considéré comme la cinquième roue du chariot. Il faut lui redonner une dimension réelle. Là où c’est possible et nécessaire, il faut essayer de mettre en place des communautés de santé : des soignants qui font à la fois la prévention, le soin, le post-soin, l’hospitalisation à domicile, etc. Ça commence à exister. Il faut le développer. Le conseil régional serait d’accord pour accompagner les efforts des collectivités locales dans les secteurs déficitaires. Car l’autre point essentiel de mon rapport est le rééquilibrage de l’accès aux soins. »

 

– De quelle manière ?
« Je propose qu’à l’intérieur des agences régionales de santé, les GRSP (groupes régionaux de santé publique) – un des outils de l’ARS – aient une enveloppe représentant les obligations de l’État, avec les spécificités locales. Ainsi, dans chaque région, il y aurait une enveloppe d’intérêt général, mais aussi une autre d’intérêt régional où les élus de la région puissent faire entendre un certain nombre de priorités régionales. Je dis à Mme Bachelot : “Il faut une égalité différenciée pour les secteurs en retard comme le Nord - Pas-de-Calais.” Avec des pathologies spécifiques. Il faudra un jour qu’on ait le courage de mettre le paquet dans le Nord - Pas-de-Calais sur deux - trois thèmes majeurs et je donne plusieurs perspectives : le programme EPODE (lutte contre l’obésité) où le président du conseil régional ne voit pas d’obstacle à un partenariat État - Région - collectivités territoriales pour un vrai programme à l’échelle de la région. Mais aussi pour le diabète, le cancer… »  

 > Voir notre dossier santé


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