| Les thèmes abordés dans cette page :
Le handicap et la dépendance des personnes âgées
La rémunération des médecins
Soins non satisfaisants : quel recours ?
Pierre Camus : mon frère handicapé de 76 ans ne peut effectuer les gestes élémentaires de la vie. Ne pourrait-on avoir, dans les maisons de retraite, quelques lits pour accueillir ces handicapés ?
« C’est possible dans certains établissements, pas dans tous. L’idée, c’est de mettre en place des établissements pour personnes handicapées vieillissantes. Ce seraient de petites structures ou des places dédiées, en fonction de l’importance du handicap, dans les maisons de retraite. »
Pierre Camus : dans les maisons de retraite, la dépendance est payée en partie par les usagers…
« Dites-nous pourquoi… »
Pierre Camus : pour bénéficier de moyens supplémentaires, mais il en manque encore…
« Il y a, en effet, plus de personnel dans ces établissements pour améliorer la qualité et la prise en charge. Dans tous ces métiers de la santé, on devrait recruter un million de personnes dans les années qui viennent. Il va falloir mieux les payer, si on veut qu’elles rentrent dans la profession et qu’elles y restent.
(…) Nous voulons mettre en place une prestation de compensation de la dépendance.
Nous pensons aussi à la création d’une cinquième branche de la sécurité sociale. On aurait ainsi l’assurance que la dépendance, le vieillissement ou le handicap, seraient pris en charge comme la famille, les retraites, les accidents du travail et la maladie.
Actuellement, beaucoup de personnes restent à domicile parce qu’il n’y a pas de place ou parce que c’est trop cher. »
Pierre Camus : c’est aussi parce que souvent ces gens sont propriétaires et qu’on leur prend leurs biens s’ils ont l’aide sociale.
« Les règles du jeu ont changé sur les recours sur succession. Ce qui est vrai, c’est qu’il n’y a pas assez de places. On a doublé le nombre de places médicalisées depuis 2002. Ce n’est pas suffisant, parce qu’on se paie quasiment vingt ans d’erreurs. On n’a pas vu que cette société vieillissait, que les gens ne voulaient pas forcément rester à domicile, ou, en tout cas, pas tout seul.
C’est une formidable bonne nouvelle de pouvoir profiter de ses parents plus longtemps, mais cela a un coût et il faut le prendre en charge. Il faut aussi changer les procédures. Aujourd’hui, quand une collectivité ou un promoteur veut monter une maison de retraite en foyer pour handicapés, cela met des années. »
Pierre Camus : ici, les handicapés et les personnes âgées vont souvent en Belgique. Pourquoi les Belges arrivent-ils à faire moins cher ?
« Il n’y a pas le même encadrement médical, pas le même personnel et nous avons des niveaux de prise en charge plus importants. »
Jean-Marc Lefebvre : les États généraux de la santé, comme votre réforme du médecin traitant, plébiscitent la médecine générale comme le recours idéal. Comment peut-on relever ces défis, à l’heure où le nombre de médecins diminue, notamment dans la région ? Comment peut-on motiver les généralistes pour prendre en charge toutes les pathologies avec la rémunération actuelle ?
« Je suis favorable à la consultation à 23 euros. À la condition que cela ne demande pas un centime de plus aux assurés sociaux.
Pourquoi doit-elle intervenir dans les meilleurs délais ? Parce qu’à la fin de l’année les généralistes vont être considérés comme des spécialistes et qu’un spécialiste est au minimum à 23 euros. Maintenant, ce n’est pas vraiment une question de revenu : les généralistes ne se sentent pas assez considérés.
Ce qui est important, c’est de leur permettre d’avoir un revenu suffisant pour se former beaucoup plus et beaucoup mieux, pour passer plus de temps avec les patients et avoir du temps pour eux.
(…) Il faudrait qu’on puisse aussi déterminer le niveau de la consultation. Quelqu’un qui vient vous voir pour la première fois va demander du temps et 21 euros, ce n’est pas forcément suffisant. Par contre, pour un renouvellement d’ordonnance, ça peut être considéré comme juste.
Aujourd’hui, il n’y a jamais eu autant de médecins en France. Mais ils n’ont jamais été aussi mal répartis. Dans le Nord, vous n’êtes pas loin de la moyenne nationale. Dans le Pas-de-Calais vous n’y êtes pas du tout.
Le seul moyen d’y arriver, c’est de remonter le numerus clausus du nombre d’étudiants en médecine. Je l’ai augmenté de 50 %, on va encore l’augmenter.
On va nommer des chefs de clinique médecins généralistes. On va nommer des enseignants. »
Thérèse Cousin : j’ai été opérée dans une petite clinique privée de la région lilloise. On m’a mise dans un service de médecine, et non de chirurgie, du jeudi jusqu’au lundi. Personne ne s’est occupé de moi de tout le week-end, je devais réclamer des soins d’hygiène, à manger parfois. Quel recours ai-je ?
« Des voies de recours existent : les commissions de recours et de conciliation pour l’indemnisation et l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux. Pour des faits comme ceux-là, il faut aussi écrire à la DDASS.
Je ne peux pas permettre, dans notre système de santé, qu’existent des inégalités entre bons et mauvais établissements. Ce que vous me dites sur les soins ou sur l’alimentation n’a pas lieu d’être dans un pays comme le nôtre.
Le vrai problème, c’est qu’en matière de santé, on n’a plus confiance. Vous êtes persuadé, à chaque fois que l’on décide de regrouper les services de chirurgie ou de maternité, que c’est une question d’argent. Alors qu’en fin de compte les décisions sont prises au nom de la sécurité, de la qualité.
Fermer un hôpital ne génère aucune économie, contrairement à ce que l’on a cru pendant longtemps.
(…) Il faut du temps pour redonner confiance. Les wagons se remettent en marche même si dans la région Nord - Pas-de-Calais on a plus de retard qu’ailleurs. Je peux vous assurer qu’on met ici plus de moyens financiers. »
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