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ENQUÊTE SANTÉ
Xavier Bertrand face aux lecteurs (2/2)
mis à jour le 20 mars 2007

Xavier Bertrand et les dix lecteurs de la Voix du Nord qu'il a rencontrés à Lille. Photo Philippe PAUCHETLa Voix du Nord a dressé, la semaine dernière, un bilan terrible de l’état sanitaire du Nord - Pas-de-Calais. Le ministre de la Santé a accepté de rencontrer dix de nos lecteurs sur ce thème.

Les thèmes abordés dans cette page :
Le handicap et la dépendance des personnes âgées
La rémunération des médecins
Soins non satisfaisants : quel recours ?

Pierre Camus : mon frère handicapé de 76 ans ne peut effectuer les gestes élémentaires de la vie.  Ne pourrait-on avoir, dans les maisons de retraite, quelques lits pour accueillir ces handicapés ?

« C’est possible dans certains établissements, pas dans tous.  L’idée, c’est de mettre en place des établissements pour personnes handicapées vieillissantes.  Ce seraient de petites structures ou des places dédiées, en fonction de l’importance du handicap, dans les maisons de retraite. »

Pierre Camus : dans les maisons de retraite, la dépendance est payée en partie par les usagers…
 « Dites-nous pourquoi… »

Pierre Camus : pour bénéficier de moyens supplémentaires, mais il en manque encore…
« Il y a, en effet, plus de personnel dans ces établissements pour améliorer la qualité et la prise en charge.  Dans tous ces métiers de la santé, on devrait recruter un million de personnes dans les années qui viennent.  Il va falloir mieux les payer, si on veut qu’elles rentrent dans la profession et qu’elles y restent.
(…) Nous voulons mettre en place une prestation de compensation de la dépendance.
Nous pensons aussi à la création d’une cinquième branche de la sécurité sociale.  On aurait ainsi l’assurance que la dépendance, le vieillissement ou le handicap, seraient pris en charge comme la famille, les retraites, les accidents du travail et la maladie.
Actuellement, beaucoup de personnes restent à domicile parce qu’il n’y a pas de place ou parce que c’est trop cher. »

Pierre Camus : c’est aussi parce que souvent ces gens sont propriétaires et qu’on leur prend leurs biens s’ils ont l’aide sociale.
« Les règles du jeu ont changé sur les recours sur succession.  Ce qui est vrai, c’est qu’il n’y a pas assez de places.  On a doublé le nombre de places médicalisées depuis 2002.  Ce n’est pas suffisant, parce qu’on se paie quasiment vingt ans d’erreurs.  On n’a pas vu que cette société vieillissait, que les gens ne voulaient pas forcément rester à domicile, ou, en tout cas, pas tout seul.
C’est une formidable bonne nouvelle de pouvoir profiter de ses parents plus longtemps, mais cela a un coût et il faut le prendre en charge.  Il faut aussi changer les procédures.  Aujourd’hui, quand une collectivité ou un promoteur veut monter une maison de retraite en foyer pour handicapés, cela met des années. »

 Pierre Camus : ici, les handicapés et les personnes âgées vont souvent en Belgique.  Pourquoi les Belges arrivent-ils à faire moins cher ?
« Il n’y a pas le même encadrement médical, pas le même personnel et nous avons des niveaux de prise en charge plus importants. »

Jean-Marc Lefebvre : les États généraux de la santé, comme votre réforme du médecin traitant, plébiscitent la médecine générale comme le recours idéal.  Comment peut-on relever ces défis, à l’heure où le nombre de médecins diminue, notamment dans la région ?  Comment peut-on motiver les généralistes pour prendre en charge toutes les pathologies avec la rémunération actuelle ?
« Je suis favorable à la consultation à 23 euros. À la condition que cela ne demande pas un centime de plus aux assurés sociaux.
Pourquoi doit-elle intervenir dans les meilleurs délais ?  Parce qu’à la fin de l’année les généralistes vont être considérés comme des spécialistes et qu’un spécialiste est au minimum à 23 euros.  Maintenant, ce n’est pas vraiment une question de revenu : les généralistes ne se sentent pas assez considérés.
Ce qui est important, c’est de leur permettre d’avoir un revenu suffisant pour se former beaucoup plus et beaucoup mieux, pour passer plus de temps avec les patients et avoir du temps pour eux.
(…) Il faudrait qu’on puisse aussi déterminer le niveau de la consultation.  Quelqu’un qui vient vous voir pour la première fois va demander du temps et 21 euros, ce n’est pas forcément suffisant.  Par contre, pour un renouvellement d’ordonnance, ça peut être considéré comme juste.
Aujourd’hui, il n’y a jamais eu autant de médecins en France.  Mais ils n’ont jamais été aussi mal répartis.  Dans le Nord, vous n’êtes pas loin de la moyenne nationale.  Dans le Pas-de-Calais vous n’y êtes pas du tout.
Le seul moyen d’y arriver, c’est de remonter le numerus clausus du nombre d’étudiants en médecine.  Je l’ai augmenté de 50 %, on va encore l’augmenter.
On va nommer des chefs de clinique médecins généralistes.  On va nommer des enseignants. »

Thérèse Cousin : j’ai été opérée dans une petite clinique privée de la région lilloise.  On m’a mise dans un service de médecine, et non de chirurgie, du jeudi jusqu’au lundi.  Personne ne s’est occupé de moi de tout le week-end, je devais réclamer des soins d’hygiène, à manger parfois.  Quel recours ai-je ?
« Des voies de recours existent : les commissions de recours et de conciliation pour l’indemnisation et l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux.  Pour des faits comme ceux-là, il faut aussi écrire à la DDASS.
Je ne peux pas permettre, dans notre système de santé, qu’existent des inégalités entre bons et mauvais établissements.  Ce que vous me dites sur les soins ou sur l’alimentation n’a pas lieu d’être dans un pays comme le nôtre.
Le vrai problème, c’est qu’en matière de santé, on n’a plus confiance.  Vous êtes persuadé, à chaque fois que l’on décide de regrouper les services de chirurgie ou de maternité, que c’est une question d’argent.  Alors qu’en fin de compte les décisions sont prises au nom de la sécurité, de la qualité.
Fermer un hôpital ne génère aucune économie, contrairement à ce que l’on a cru pendant longtemps.
(…) Il faut du temps pour redonner confiance.  Les wagons se remettent en marche même si dans la région Nord - Pas-de-Calais on a plus de retard qu’ailleurs.  Je peux vous assurer qu’on met ici plus de moyens financiers. »


Repères


NOUVEAU :
découvrez des extraits audio de cette rencontre

Les dépendances au tabac, aux drogues et à l'alcool

 

L'hôpital public

 

Les infections nosocomiales

 

La vieillesse et la journée
de solidarité


Repères

Qui est Xavier Bertrand ?
lire l'article

Dix lecteurs de « La Voix du Nord » ont accepté ce face-à-face avec Xavier Bertrand. Ils ont pu poser leurs questions. Voici leurs impressions.
Les 5 suivants :

Damien Coquet, 18 ans, de Villeneuved’Ascq. Lycéen.
« Je suis venu pour souligner le manque d’information sur la santé auprès des jeunes, notamment sur les maladies sexuellement transmissibles. C’est un thème dont on parle peu alors que dans certains autres pays, on fait des campagnes gigantesques. J’ai trouvé la rencontre vraiment intéressante. Xavier Bertrand s’est montré proche et il a parlé d’une façon décontractée. Je pense qu’il a répondu aux soucis des lecteurs et je n’ai pas l’impression qu’il ait essayé de faire passer un message déterminé. »

Thérèse Cousin, 57 ans, de Merris (Hazebrouck).
Auxiliaire de vie en préretraite.
« J’ai été opérée il y a quatre mois dans une clinique privée, dans des conditions presqu’inhumaines. J’avais mis le prix pour obtenir des soins que je n’ai pas eus. Je trouve qu’il y a un laisser-aller dans certains soins aujourd’hui. Je voulais demander au ministre de m’expliquer pourquoi je me suis retrouvée dans un service de médecine générale après mon opération, au lieu d’un service
de chirurgie. Il n’y a pas eu de suivi de soins, pas de coordination entre les membres du personnel médical. J’ai apprécié cette rencontre. Tous les sujets évoqués étaient intéressants. »

Jean-Marc Lefebvre, 52 ans, de Hem.
Médecin généraliste et enseignant en médecine générale à Lille.
« Je suis venu parler de l’enseignement de la médecine
générale, savoir comment motiver les étudiants à s’installer. Xavier Bertrand a fait un tour de table pour demander si une revalorisation des honoraires était souhaitable. Je n’ai pas apprécié cette méthode. Sinon, les réponses qui m’ont été données sont satisfaisantes. »

Sébastien Leruste, 42 ans, de Landas (Douaisis). Médecin généraliste et enseignant en médecine générale.
« Je suis venu défendre la profession, notamment le fait qu’il y a une sous médication qui va s’accentuer. Il faut des mesures incitatives pour la formation initiale, ainsi qu’une meilleure prise en charge car les moyens sont très maigres. Les réponses données par le ministre sont très intéressantes... si toutefois elles sont mises en  place. »

Pierre Camus, 65 ans, de Lille-Lomme. Retraité, administrateur d’une maison
de retraite.
« Je voulais parler de la place du handicapé vieillissant. Je me dis que, dans les maisons de retraite, il pourrait y avoir un certain nombre de lits réservés pour eux. Il faudrait, en plus, former le personnel pour qu’il soit capable de s’occuper d’eux. Mon frère est handicapé et il est inscrit sur une liste d’attente. Il est 1 600e ! Ce qu’a dit Xavier Bertrand est vrai, il n’a pas pratiqué la langue de bois. Je suis content d’avoir pu évoquer mon idée de solution. »


 
RECUEILLIS PAR STÉPHANIE BARA