La Voix du Nord - Edition du jeudi 21 février 2008
Erreurs médicales, comment faire face ?
Le procès de l’hormone de croissance contaminée, hormone qui a coûté la vie à 111 enfants, doit durer jusqu’au 31 mai.
> Le procès s’est ouvert le 6 février et doit durer quatre mois.
> En matière d’erreurs médicales, le droit des victimes est enfin mieux reconnu.
PAR SOPHIE LEROY
Endireplus@lavoixdunord.fr
Dans la salle d’audience, le visage tendu de parents, de conjoints, de frères et soeurs. Ils attendent, après presque seize ans d’instruction, un début d’explication.
Leur enfant, leur mari est décédé. Ou vit avec la peur d’avoir contracté la maladie de Creutzfeldt-Jakob pour avoir pris une hormone de croissance contaminée dans les années 80.
Alors on pense aux autres scandales sanitaires qui ont touché d’autres familles : l’affaire du sang contaminé, les irradiés d’Épinal et de Toulouse, l’amiante… Bientôt doit aussi se tenir le procès dit de la vaccination massive contre l’hépatite B.
Des scandales, des affaires, mais aussi des milliers d’autres accidents médicaux « isolés » qui ont lieu chaque année. Un scalpel oublié dans le ventre, la jambe droite amputée au lieu de la gauche… une infection nosocomiale contractée à l’hôpital, une réaction allergique à un médicament qui va causer la mort ou des dommages irréversibles. Des erreurs qui souvent auraient pu être évitées. Et des milliers de victimes qui portent chacune leur propre histoire, leur propre douleur.
Entre 10 à 20 000 personnes décéderaient, chaque année, d’un accident médical, dont 4 000 des suites d’une maladie nosocomiale.
Pour plus de 400 millions d’actes Mais de nombreux progrès ont été entrepris en la matière et, en comparaison, ce sont tout de même plus de 400 millions d’actes (à l’hôpital et en ville) qui sont réalisés en France tous les ans.
Pour autant, les associations, de plus en plus de médecins, s’accordent sur la nécessité d’une reconnaissance de la victime en tant que telle.
L’indemnisation est importante : « Elle a un aspect économique, concède l’avocat Patrick de la Grange. Mais il y a aussi un aspect psychologique. C’est la reconnaissance de l’erreur. Et c’est d’autant plus important si celle-ci a été niée par le corps médical.
» La mise en place, depuis quatre ans, des commissions régionales de conciliation et d’indemnisation (lire par ailleurs) a permis une plus facile reconnaissance des victimes. « Elles permettent aux gens qui n’ont pas les moyens de mener une procédure devant un tribunal d’avoir un recours, explique Jacqueline Houdayer, présidente d’AVIAM-France (Association d’aide aux victimes d’accidents médicaux). Et ce dans un délai largement écourté : de un à deux ans selon les régions, contre 4 à 5 ans pour une procédure en correctionnelle, 10 ans au pénal.
Ainsi, quelque 3 000 dossiers ont été déposés en 2006 devant l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux. Or beaucoup ne le seraient pas si l’erreur avait été reconnue simplement par le médecin ou l’établissement de santé en cause. Preuve qu’en France, la reconnaissance de la victime n’est vraiment pas une question d’argent.









