La Voix du Nord - Edition du jeudi 21 février 2008
Patrick de La Grange, avocat spécialisé dans les préjudice corporel
« La première phrase que j’entends dans mon cabinet, c’est : "on ne m’a pas dit la vérité"»
Pourquoi ne connaît-on pas le nombre exact d’erreurs médicales commises en France ?
« Ce ne sont que des évaluations car combien d’erreurs médicales passent inaperçues ? Comme le petit coup de scalpel de trop, suturé ni vu, ni connu. Ce n’est qu’en cas de complications que le patient en est informé. Mais un médecin n’est pas pire ou meilleur qu’un autre… sauf que les conséquences de son erreur sont bien plus graves. »
Y a-t-il des domaines plus risqués ?
« Plus on monte en technicité, plus les risques augmentent, forcément. Mais aucune spécialité n’est à l’abri d’une erreur. Le paradoxe, c’est que s’il est mille fois plus compliqué d’opérer du coeur que de diagnostiquer une grippe, le patient est plus exigeant avec un service médical de pointe qu’avec son généraliste. »
Le système de soins français est pourtant l’un des meilleurs au monde… « Et il le reste, il ne faut d’ailleurs jamais l’oublier. Mais notre système de soins marche moins bien. La faute aux 35 heures, au manque de moyens de l’hôpital et de discipline des patients qui engorgent les urgences, au cumul des heures de garde qui multiplie d’autant le risque d’erreur médicale… »
Les praticiens, se remettent-ils en question ?
« Il y a eu un énorme travail du secteur hospitalier, une vraie prise de conscience depuis dix ans, grâce notamment aux associations de patients et parce qu’il y a eu des condamnations. Le médecin est aujourd’hui prêt à informer son patient. Mais ce changement des mentalités demande du temps et des moyens. Idéalement, une infirmière doit se laver les mains entre chaque soin donné à ses patients. Un lavage correct demande une à deux minutes, multiplié par 40 chambres, cela prend plus d’une heure. Au vu des effectifs, ça ne peut pas fonctionner. »
Vous avez parlé du patient qui engorge les urgences, doit-on le responsabiliser pour tout ?
« On est censé offrir au patient la même médecine partout en France mais ça, c’est dans un monde idéal. On compare bien les voitures avant d’en acheter une, pourquoi ne le ferait-on pas pour sa santé ? »
Il est plus facile aujourd’hui de se retourner en cas d’erreur médicale. Y a-t-il un risque de judiciarisation à l’américaine ?
« La multiplication des plaintes en France reste minime et les montants des indemnités ne sont pas du tout les mêmes. Le Français n’est pas procédurier dans l’âme. En fait ce qu’il ne supporte pas c’est qu’on ne lui dise pas qu’il y a eu erreur. La première phrase que j’entends dans mon cabinet, c’est : “on ne m’a pas dit la vérité”. »









