La Voix du Nord - Edition du vendredi 14 mars 2008


SOCIÉTÉ
La requête de Chantal Sébire relance le débat sur l’euthanasie

La requête de Chantal Sébire, qui a saisi la justice pour qu’elle se prononce sur le droit de mettre fin à ses jours avec l’aide d’un médecin, relance le débat sur l’« euthanasie active » alors que la France dispose depuis 2005 d’un droit au « laisser mourir » voté après l’affaire Vincent Humbert décédé en 2003.
Moins de deux semaines après avoir lancé un SOS dans les media pour « qu’on l’accompagne dignement dans la mort  », et après avoir confié son dossier à l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), Chantal Sébire a saisi la justice d’une « demande exceptionnelle » d’euthanasie. Cette ancienne professeur des écoles de 52 ans, domiciliée à Plombières-lès-Dijon et mère de trois enfants, a appris en 2002 qu’elle était atteinte d’une maladie incurable qui l’a défigurée.
Cette requête « est une première pour le monde judiciaire, mais nous ne demandons que l’application de la loi du 22  avril 2005 sur les droits des malades, dite Loi Léonetti », assure son avocat, Me Gilles Antonowicz.

« Laisser mourir » Or cette loi tend à instaurer un droit au « laisser mourir », sans permettre aux médecins de pratiquer une euthanasie active.
Son auteur, le député UMP Jean Léonetti, estime donc que « la demande formulée n’entre pas dans le cadre de la loi. C’est une demande de suicide assisté, pas une demande d’accompagnement de fin de vie ». L’action de Chantal Sébire «  confine à une impasse, car en réalité elle rompt le dialogue entre le corps médical et le malade ». « S’il y avait un dialogue apaisé avec les médecins, on devrait trouver une solution apaisée », estime M. Léonetti, qui se dit prêt «  à réfléchir sur des problèmes majeurs de société, sans présager de la décision législative, de manière apaisée, et non pas à partir de cas individuels ».
À demi-mot, l’élu critique la position de l’ADMD qui estime que « la loi doit s’adapter aux cas particuliers  ». Un médecin membre de l’association a d’ailleurs offert d’« aider » Mme Sébire.
Au sommet de l’État, la prudence est de mise. Le conseiller santé du président Nicolas Sarkozy, auquel la malade a écrit, lui a proposé d’être examinée par « un collège de professionnels de la santé du plus haut niveau ». Le Premier ministre François Fillon a fait cet humble aveu : «
 la difficulté pour moi dans cette affaire, c’est qu’on est là aux limites de ce que la société peut dire, de ce que la loi peut faire ».
La garde des Sceaux Rachida Dati s’est montrée plus nette : « Je considère que la médecine n’est pas là pour administrer des substances létales» La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot s’est dit opposé à l’euthanasie active que «  ni le monde médical, ni les pouvoirs publics ne sauraient promouvoir ».
Au Parlement, le député Gaëtan Gorce (PS), qui a préparé la loi Léonetti avec Nadine Morano (UMP), souhaite « évaluer les conditions de son application, et voir ce qu’elle résout ou pas ». Pour les cas extrêmes, M. Gorce suggère une «  exception d’euthanasie pour les personnes victimes de maladies incurables, qui souffrent ». Cette décision pourrait être prise «  par une commission de médecins et de juristes ». Mais « je ne vais pas aussi loin que le droit à mourir, qui est une notion qui me gêne ». •


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