La Voix du Nord - Edition du dimanche 16 mars 2008


SOCIÉTÉ
Marie de Hennezel : « Nous devons résister à une loi sur l’euthanasie »

 Marie de Hennezel.

Auteur de « La Mort intime », la psychologue Marie de Hennezel n’a cessé de participer à la réflexion sur les conditions d’accompagnement de la fin de vie. En conférence vendredi à Lille, elle réagit au débat sur le suicide assisté relancé par le cas Chantal Sébire, cette femme aveugle et défigurée par une maladie orpheline incurable qui réclame qu’on lui donne la mort.

– L’histoire de Chantal Sébire ne montre-t-elle pas les limites de la loi Léonetti de 2005 (1) ?
« Je ne le crois pas. Nous ne sommes pas ici dans le cadre de la loi Léonetti, mais dans celui d’un suicide médicalement assisté. Cette dame refuse d’être soulagée. Il faut arrêter de colporter des idées fausses sur la sédation. Je ne dis pas que cela ne s’est jamais mal passé dans des services sans soins palliatifs. Mais j’ai fait le tour de France des services de soins palliatifs, je peux vous affirmer que, dans les cas où l’on plonge la personne dans le coma, les médecins s’assurent qu’elle ne souffre pas. Les proches peuvent l’accompagner. Elle peut le sentir. J’ai envie de dire à Chantal Sébire qu’on peut l’entourer, l’endormir doucement, que ses enfants pourront la bercer. »

– Pourquoi refuse-t-elle, à votre avis ?
« Je ne sais pas. Tout n’est pas clair. Son cas semble instrumentalisé par l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD). Sait-elle seulement ce qui est possible ? A-t-elle accès aux bonnes informations ? »

– Êtes-vous favorable à la légalisation de l’euthanasie, comme en Belgique ou aux Pays-Bas ?
« Je pense que nous devons résister à une loi sur l’euthanasie. Robert Badinter a raison quand il s’inquiète d’une loi davantage source de contentieux que d’apaisement. C’est, selon moi, la porte ouverte aux dérives. Regardez en Belgique, on se pose déjà la question de l’euthanasie pour les mineurs, les déments… Face aux cas extrêmes, il est légitime de donner la mort.

Mais cela doit rester dans le cadre d’un colloque éthique. Il n’est pas nécessaire de légiférer. Il faut éviter à tout prix que ce soit aux juges d’instruction de faire la différence entre un médecin qui donne la mort par compassion et un autre d’une manière criminelle.
C’est d’ailleurs pourquoi je préconise l’envoi d’une circulaire par le ministère de la Justice en direction des juges leur demandant de prendre en compte ces situations extrêmes et de ne pas poursuivre des médecins qui invoqueraient la nécessité pour justifier leur décision et leur acte. Cela nous éviterait de modifier le code pénal. » – Vous venez, à ce propos, de terminer un rapport sur les soins palliatifs. Qu’en dit la ministre de la Santé Roselyne Bachelot ?
« Rien. Le rapport a été envoyé en septembre. Il n’a toujours pas été réceptionné par le ministère, sans raison. Je devais avoir un rendez-vous avec la ministre ces jours-ci. Elle a annulé. » •
PROPOS RECUEILLIS PAR JULIEN LÉCUYER
PHOTO KARINE DELMAS
 

1. – Du nom du député UMP Jean Léonetti et élaborée dans le contexte de « l’affaire Humbert », la loi institue un droit au « laisser mourir  », en permettant aux médecins de recourir à des traitements antalgiques « qui peuvent avoir pour effet secondaire d’abréger la vie ».

Retour