La Voix du Nord - Edition du jeudi 20 mars 2008
Chantal Sébire a été retrouvée morte, après tant de souffrances
Deux jours après la réponse de la justice, qui lui a refusé lundi le secours d’une euthanasie active, Chantal Sébire a été retrouvée sans vie, hier soir, à son domicile. Souffrant d’une tumeur évolutive et incurable qui lui déformait le visage, elle avait mené un dernier combat en tentant à son tour de faire progresser la législation. En vain.
PHOTO AFP
Le cruel destin de Chantal Sébire avait soudainement fait irruption dans l’actualité au cours du mois dernier, quand elle avait choisi de rendre publique sa maladie, et l’état dans lequel celle-ci l’avait amenée. Elle voulait toucher l’opinion, alerter les médecins, interpeller tous les hommes politiques pour les sensibiliser aux souffrances des hommes et des femmes qui n’ont plus que la mort et la douleur comme horizon.
L’esthésioneuroblastome dont elle souffrait l’avait défigurée, puis lui avait ôté le goût, l’odorat et enfin la vue, à la fin de l’année dernière. C’est à ce moment-là, vers le mois de novembre 2007, « littéralement rongée par la douleur », qu’elle a commencé à demander le droit de mourir. La tumeur évoluait irrémédiablement, comme une plante grimpante qui se serait enroulée autour du nerf et que rien ne pourrait plus arrêter.
Mais la loi Leonetti, née du combat de Marie Humbert et de ses amis, après la mort de son fils Vincent, à Berck-sur-Mer, n’autorise pas l’euthanasie active.
Elle permet de mettre un terme aux traitements de personnes condamnées par la maladie, de cesser ce qu’on appelait pudiquement « l’acharnement thérapeutique », mais ne dit rien pour les gens, comme Chantal Sébire, qui sont voués à souffrir encore et encore.
Alors, cette mère de famille de 52 ans s’est lancée à son tour dans le combat que mène depuis cinq années Marie Humbert. Jusqu’à cette demande exceptionnelle à la justice, qui s’était soldée par le jugement du tribunal correctionnel de Dijon, lundi dernier : « Même si la dégradation physique de Madame Sébire mérite la compassion, le juge, en l’état de la législation française, ne peut que rejeter sa demande. » Et ce commentaire de Rachida Dati : « La médecine n’est pas là pour administrer des substances létales. » En larmes, Marie Humbert contenait difficilement sa rage, hier soir : « Je pense à elle, à la femme pleine de gentillesse et de patience qu’elle était. Et je pense aussi que ce sont encore les autres qui ont gagné. Chantal voulait tellement partir avec sa famille… Voilà, elle est partie seule…. » Marie Humbert et tous ceux qui mènent le combat pour l’euthanasie avaient fait de Chantal Sébire une nouvelle amie.
« Je lui parlais souvent au téléphone, mais elle n’avait jamais voulu que je vienne la voir, afin que je ne risque pas des ennuis avec la justice. Elle savait que j’ai moi-même vécu avec Vincent ces moments extrêmes et les moyens d’y arriver… »
Témoignage
« À 200 % dans la vie »
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