La Voix du Nord - Edition du vendredi 21 mars 2008


« On aimerait s’inspirer du modèle belge »

 Pour le délégué régional de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité, l’euthanasie active relève du «choix citoyen.» . PHOTO STEPHANE MORTAGNE

La fin tragique de Chantal Sébire a mis l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) dans la lumière.
Claude Janot, son délégué régional, plaide pour un modèle à la belge.
Créée en mai 1980, la structure compte aujourd’hui quarante-quatre mille adhérents en Fran- ce, dont sept cents dans la région, et milite pour la légalisation d’une aide active à mourir dans le pays.
Pour son responsable régional, Claude Janot, 72 ans, médecin généraliste à la retraite, l’euthanasie active, « c’est un choix citoyen, celui de pouvoir gérer sa vie jusqu’au bout ; la loi ne doit pas s’y substituer ».
Deux des combats de l’association – la prise en charge de la douleur et le principe de non- acharnement thérapeutique – ont trouvé des traductions législatives : en 1999 avec la première loi Kouchner ; en 2005 avec la loi Léonetti.

Le poids de la religion catholique La Nordiste Colette Barféty a adhéré voilà quinze ans à l’ADMD. « J’avais 63 ans et j’avais déjà le souci d’obtenir le droit de disposer de mon corps jusqu’au bout, raconte-t-elle. Bon, la loi Léonetti (qui, en 2005, a instauré un laisser-mourir) a constitué un progrès, dit-elle. Pour les médecins, c’est suffisant. Mais en fait, ça ne l’est pas. Elle laisse les gens mourir en les laissant souffrir sous prétexte de ne pas donner la mort. Une hypocrisie, donc.  » Du coup, l’ADMD lance des opérations de communication. « On a envoyé à l’ensemble des députés une carte postale demandant d’initier ce grand débat sur la fin de vie », explique Claude Janot, pour qui les opposants à l’euthanasie active, au final, « veulent souvent faire appliquer la religion catholique. C’est l’idée que la vie appartient à Dieu seul et c’est tout. » Selon lui, l’évolution de la loi se heurterait aussi à un certain élitisme du corps médical français. « En France, on veut être la première médecine au monde. Quand on est dans une telle dynamique, c’est incompatible avec le fait d’arrêter… » Et de réclamer une évolution de la loi : « On aimerait s’inspirer du modèle belge. » Sinon, l’ADMD aide ses adhérents à « faire valoir leurs droits lorsqu’ils vont à l’hôpital. On leur procure les textes de loi, on leur dit qu’ils peuvent dire non à l’acharnement thérapeutique. Parfois, on discute directement avec les médecins.
 » De l’autre côté de la frontière, du côté de Mouscron, Roger Douterluingne, responsable de l’association Droit à mourir dans la dignité pour la région, porte un regard incrédule sur la situation française : « On ne comprend pas comment vous en êtes encore là, en France.
C’est vous qui avez démarré avec la loi Veil sur l’avortement.
 » • 


NICOLAS FAUCON


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