La Voix du Nord - Edition du vendredi 21 mars 2008


« Maintenir une vie acceptable »

Le docteur Henri Delbecque, fondateur du réseau AMAVI (accompagnement de la fin de vie), milite pour le développement des soins palliatifs et se déclare hostile à l’euthanasie.


– Le débat sur l’euthanasie refait surface. Quelle est votre position ?
« Elle est très claire. J’ai souscrit à une charte, celle de la société d’accompagnement et de soins palliatifs, qui précise qu’on n’accélère ni ne retarde l’heure de la mort. Ce que soulignent aussi la Haute Autorité de santé et l’Organisation mondiale de la santé. »

– Que préconisez-vous pour les gens qui sont condamnés ?
« Il faut essayer de maintenir une vie acceptable, voire une qualité de vie. Car on ne sait pas ce qui se passe dans la tête des malades. Nous, on projette, mais on n’a pas à le faire. C’est le malade qui est lui-même confronté à sa propre fin, à sa propre maladie. »

– Que peuvent apporter les soins palliatifs ?
« Le but, c’est de rendre vivable une vie condamnée… Il y a certes les soins curatifs, mais il y a aussi les soins de la fin de vie, de l’accompagnement. C’est une étape, comme celle la naissance… Il y a un devoir d’humanité, un devoir médico-social aussi pour permettre au malade de s’exprimer dans une vie qui se rapproche le plus possible d’une vie autonome (avec plaisir, voyages, etc.). »

– Pour vous, la loi Léonetti est-elle suffisante ?
« Si on interroge la plupart des médecins hospitaliers ou généralistes par rapport à la loi Léonetti, ils vont balbutier, pas savoir trop ce que c’est… Il faudrait qu’ils s’y intéressent et qu’on fasse de la formation par rapport à ça. Pour que les médecins connaissent ce qu’ils peuvent faire ou pas. En fait, la loi reconnaît bien à la personne ce qui est bon pour elle. C’est le malade lui-même qui peut dire : “Je veux ou pas les traitements que vous me donnez.” Il reste que ma position n’est ni une position dogmatique, ni inspirée par les religions. Dans une situation aussi difficile que celle de Chantal Sébire, où on est dans une impasse. Je ne sais pas ce qu’on pourrait faire dans ces cas-là. Mais je crois quand même qu’on se serait acharnés à soulager le plus possible cette femme… » •
PROPOS RECUEILLIS PAR BERNARD VIREL
 

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