La Voix du Nord - Edition du vendredi 21 mars 2008


« Maman est partie heureuse... »

EUTHANASIE • Deux jours après la mort de Chantal Sébire, qui avait demandé en vain le droit de mourir, des voix s’élèvent pour demander une révision de la législation... et un modèle à la belge

 Hier, Bruxelles. Louise Minnaert montre une photo de sa mère Nicole et elle. «Maman m’avait demandé de lui promettre...»

 > L’affaire Sébire relance le débat de l’euthanasie en France.
 >  En Belgique, la loi autorise sous certaines conditions le recours à l’euthanasie. Une famille témoigne.
 > Pour Bernard Delbecque, qui milite pour le développement de soins palliatifs, « on n’accélère ni ne retarde l’heure de la mort. »

PAR NICOLAS FAUCON
region@lavoixdunord.fr

PHOTO PATRICK JAMES

Un jour de juin 2007, c’est arrivé. « Maman a fait un AVC (accident vasculaire-cérébral). » Louise Minnaert retrouve sa mère, Nicole de Beaudigné de Mansart, ancienne infirmière athée de 87 ans, à l’hôpital. « Avec toute sa tête mais de fortes séquelles. Paralysée  ; plus capable d’avaler. » Les jours passent. Arrive la nouvelle. La fille : « J’ai dû lui dire qu’elle resterait toujours comme ça. » La mère : « Je ne veux pas continuer. Je demande une euthanasie active et rapide. » Un choix mûri depuis longtemps. « Membre de l’Association belge pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), elle avait toujours refusé de vivre grabataire, dépendante. » La procédure s’enclenche. « Elle a fait sa demande par écrit à son médecin traitant et a dû la réitérer deux à trois fois par semaine. Deux psychologues venaient la voir pour discuter, s’assurer de sa lucidité. » Quatre semaines après sa demande – « le délai imposé ; elle a eu le temps de tout régler sereinement, ses funérailles, son au-revoir  » – Nicole de Beaudigné de Mansart apprend que « c’est prévu pour la semaine prochaine. »

Sa fille : « Quand elle a connu le jour de ce qu’elle appelait “son voyage réputé difficile”, elle était heureuse et a rajeuni de dix ans. » Le 5 août, Louise Minnaert organise une cérémonie pour sa mère. Dans la chambre d’hôpital. dix-sept personnes. La famille, les proches. Louise Minnaert : « Elle riait, elle blaguait, elle était dans une certaine euphorie. » Léon Neyts, conseiller laïque de l’ADMD – « le curé des laïcs ! », résume-t-il – qui rend visite à Nicole depuis plusieurs semaines, est là, aussi. Il dit : « Tout le monde est venu lui dire un mot, en lui tenant la main, en l’embrassant. C’était émouvant et digne. Vous connaissez le film Les Invasions barbares ? C’était ça.
 » Louise Minnaert : « Certains pleuraient, d’autres géraient comme ils pouvaient. Elle nous a dit : “Ne vous en faites pas, je suis heureuse de partir. Ce qui est important, c’est que vous compreniez ma demande”. »
« Ni dieu ni maître »
Le 13 août 2007, « le soleil brillait dans sa chambre, un rayon éclairait son visage, elle souriait quand je suis entrée », témoigne Louise. Deux médecins sont là. Léon Neyts aussi. « Le docteur lui a demandé si elle était toujours d’accord. C’est elle qui a donné le “top départ” », poursuit-elle. Au final, « Maman est partie heureuse, nous étions main dans la main, je suis restée auprès d’elle jusqu’à ce qu’elle cesse de respirer, j’ai fait avec l’infirmière sa dernière toilette (…). » Les mois ont passé. Une certitude : « Le médecin qui accéda à sa demande fit un geste d’une grande humanité.
 » Et la fierté d’avoir tenu parole. « Maman m’avait demandé de lui promettre, si aucun espoir ne lui permettait une vie décente, de lui dire quel était son état afin qu’elle puisse décider par elle-même de la fin de sa vie. Pour moi, disait-elle : “La liberté est le plus beau mot de la langue française. Ni dieu ni maître.” » L’affaire Sébire, forcément, laisse Léon Neyts et Louise Minnaert avec un sale goût dans la bouche. Le premier  : « Mourir ainsi, dans la souffrance, en cachette, je trouve ça scandaleux. Je ne comprends pas la France, le pays des lumières, de la liberté, vous qui avez eu Simone Veil et l’IVG. » Jacqueline Herremans, présidente de l’ADMD en Belgique, se dit « remplie de tristesse » par l’affaire de «  cette dame qui n’a pas pu connaître une fin sereine ». Des Français contactent régulièrement son association. «  Mais la loi belge ne permet pas tout. Il faut un véritable suivi thérapeuthique en Belgique pour en bénéficier. » Pourtant, à l’ADMD, on le reconnaît, des Français venus s’installer en Belgique pour bénéficier de l’euthanasie, ça existe.
« Mais, insiste la présidente, il est hors de question de voir se développer un tourisme euthanasique. » •   

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