La Voix du Nord - Edition du vendredi 21 mars 2008


Vincent, Chantal et quinze mille autres
Le commentaire d’Éric DUSSART

Vincent Humbert est parti sur les notes tranquilles des « Paradis blancs », de Michel Berger. Chantal Sébire préférait Bob Marley ou la «  Sonate au clair de lune » de Beethoven, qu’elle a souhaité emmener comme ultime bagage. Ni l’un ni l’autre ne semblaient prédisposés à la violence de leur fin de vie, ni à la fureur du débat qu’ils ont suscité. Et pourtant, l’un et l’autre ont mis ce pays face à l’une de ses responsabilités les plus délicates.


En 2005, la loi française a fait un pas, un grand pas vers ce que Marie Humbert et tous ceux dont elle était l’étendard réclamaient douloureusement depuis des mois. Née de leur combat, la loi Léonetti permet aujourd’hui de suspendre les traitements de malades irrémédiablement condamnés à ne vivre encore que quelque temps de souffrance.

Mais Marie Humbert voulait aller plus loin. Elle était déçue, elle en a même conçu une forme de rage. Sa colère en disant long, quand elle disait que son Vincent, peut-être, ne serait pas entré dans les critères de cette loi qu’il avait un peu initiée, après tout. Un comble.
Bientôt, elle s’est fait une nouvelle amie de Chantal Sébire. Une amie de souffrances, une amie de conviction et de courage. Pour tenter de faire avancer encore cette loi qui laissait tant et tant de cas en plan, tant et tant de personnes seules face à leur terrible destin.
Au mois de février de l’année dernière, elle a entendu le candidat Nicolas Sarkozy s’engager clairement, et elle a espéré à nouveau. C’était le 12  février, à la salle de la Mutualité, à Paris.
« Les principes je les respecte, les convictions je les respecte. Mais je me dis quand même, au fond de moi, qu’il y a des limites à la souffrance qu’on impose à un être humain. On ne peut pas rester les bras ballants devant la souffrance d’un de nos compatriotes qui appelle à ce que ça se termine, tout simplement parce qu’il n’en peut plus. » Et l’on entend comme un douloureux écho à cet engagement : la plainte digne et lasse de Chantal Sébire, parlant des « douleurs si intenses  » qu’elle ne soignait qu’à l’aspirine, parce qu’elle ne supportait pas la morphine : « Je suis allé au bout du supportable . » Aujourd’hui, l’émotion est immense, la compassion unanime. Chantal Sébire, comme Vincent Humbert avant elle, bouscule les consciences et interpelle les politiques. Mais ce qu’on entend, trois ans après la loi Léonetti qui n’a manifestement pas réglé le problème, c’est le projet d’une «  commission nationale d’euthanasie à qui reviendrait le soin d’examiner les cas exceptionnels graves ».
Mais alors, que penser de ce chiffre avancé par Jean-Luc Romero, le président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, qui parle de dix à quinze mille cas d’euthanasie illégales par an, en France ? Qu’il est exagéré, interprété ? Peut-être. Mais même dans l’exagération, on serait loin, très loin de l’exception.
En Belgique, pays de dix millions d’habitants, où l’euthanasie fermement encadrée est légalisée depuis cinq ans, on a autorisé quatre cent quatre-vingt-quinze cas l’an dernier. Quatre cent quatre-vingt-quinze exceptions ? Elles méritaient bien une loi. Une vraie.  •  



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