La Voix du Nord - Edition du samedi 23 février 2008
CÉRÉMONIE
La nuit des césars du cinéma français :
« La Graine et le Mulet » plutôt que « La Môme »
Quatre ans après « L’Esquive », Abdellatif Kechiche rafle la mise avec « La Graine et le Mulet »
Il est 23 h 25, les pleurs de Marion Cotillard insufflent un peu de vie à une morne et amère soirée des césars. Son trophée de meilleure actrice, elle l’a bien mérité et personne n’osera lui contester. Le sien excepté, La Môme ne récolte que des miettes techniques.
L’histoire se répète. Une fois de plus, la profession a voté contre. Contre le succès, contre le plaisir, contre le spectacle. Et privilégié au film d’Olivier Dahan La Graine et le Mulet d’Abdellatif Kechiche qui, quatre après L’Esquive, repart flanqué de quatre trophées dont ceux des meilleurs film et réalisateur.
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Marion et Julie De leur côté, Persepolis et Le Scaphandre et le Papillon en grappillent deux tandis que Les Témoins et Un secret se contentent d’une récompense chacun.
Trois bonnes heures plus tôt, sur le coup de 21 h, plusieurs centaines de cinémas indépendants suspendent leur séance ou interpellent le public pour protester contre la perspective d’un recul du soutien public à l’action culturelle cinématographique qui fragiliserait les salles et le tissu associatif.
L’Académie des césars déclare ouverte sa trente-troisième soirée de remise de prix.
On se recueille sur des images de Serrault, Brialy, Cassel, nos chers disparus… Le plus naturellement du monde, Jean Rochefort et Antoine de Caunes paradent chacun leur tour, toutes dents dehors, en costumes de maître de cérémonie et de président. Succédant à Valérie Lemercier, l’auguste de Caunes fait mine d’improviser les répliques pour lui concoctées par le « nègre » maison, Laurent Chalumeau. Et que pulsent les sketches (d’un goût très relatif parfois), que valsent brocards et bagatelles, calembours et saillies drolatiques.
C’est l’heure de la remise des prix d’un cru qui salue en La Vie des autres le meilleur film étranger de l’année.
Se profile le meilleur jeune espoir masculin personnifié cette année par Laurent Stocker, l’irrésistible Philibert d’Ensemble c’est tout de Claude Berri. D’autres se préparent à défiler, Hafsia Herzi, Philippe Pollet-Villard, Marjane Satrapi, Barbet Schroeder… Les meilleures actrices ? Marion Cotillard (tout de même) et Julie Depardieu. Leurs homologues masculins ? Mathieu Amalric et Sami Bouajila.
D’humeur ardente, Roberto Benigni emporte sa statuette d’honneur et obtient une minute de silence à la mémoire d’Antonioni et de Bergman. Jeanne Moreau, cernée par une caméra impudique, se prépare à être saluée par une standing ovation.
On zappe Jean-Claude Van Damme. On retient Delon et Romy Schneider. On se console pour La Môme, déjà en route pour Hollywood. Les césars sont morts, vive les oscars ! • PH. L.
Le palmarès
César du Meilleur film français de l'année
La Graine et le mulet, d'Abdellatif Kechiche
César du Meilleur réalisateur
Abdellatif Kechiche
César du Meilleur acteur
Mathieu Amalric pour Le Scaphandre et le papillon
César de la Meilleure actrice
Marion Cotillard pour La Môme
César du Meilleur acteur dans un second rôle
Sami Bouajila pour Les Témoins
César du Meilleur jeune espoir masculin
Laurent Stocker pour Ensemble, c'est tout
César du Meilleur jeune espoir féminin
Hafsia Herzi pour La Graine et le mulet
César du Meilleure actrice dans un second rôle
Julie Depardieu pour Un secret
César de la Meilleure première oeuvre
Marc-Antoine Robert, Marjane Satrapi, Vincent Paronnaud, Xavier Rigault pour Persepolis
César du Meilleur scénario original
Abdellatif Kechiche, pour La Graine et le mulet
César de la Meilleure adaptation
Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, pour Persepolis
César de la Meilleure musique écrite pour un film
Alex Beaupain, pour Les Chansons d'amour
César de la Meilleure photographie
Tetsuo Nagata, pour La Môme
César du Meilleur son
Laurent Zeilig, Jean-Paul Hurier, Marc Doisne, Pascal Villard, pour La Môme
César des Meilleurs costumes
Marit Allen, pour La Môme
César des Meilleurs décors
Olivier Raoux, pour La Môme
César du Meilleur montage
Juliette Welfling, pour Le Scaphandre et le papillon
César du Meilleur court métrage
Philippe Pollet-Villard, pour Le Mozart des pickpockets
César du Meilleur film étranger
Florian Henckel von Donnersmarck, pour La Vie des autres
Césars d'Honneur
Roberto Benigni
Jeanne Moreau
César du Meilleur film à caractère documentaire
Barbet Schroeder, pour L'Avocat de la terreur









