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La Voix du Nord - Edition du mercredi 12 mars 2008


À BORD DU DARJEELING LIMITED ***
Rocambolesque, mélancolique et farfelue : la famille à la mode de Wes Anderson

Jason Schwarzman, Owen Wilson, Adrien Brody : en vadrouille dans l'oeuvre spirituelle de Wes Anderson.

De l’art d’évoquer – en couleurs chatoyantes et sans trop mot dire – la spiritualité, la famille décomposée et cette fichue existence considérée comme un long processus de reconstruction.
Et Wes Anderson de signer là une oeuvre éclatante de vie !

Wes Anderson, c’est ce cinéaste américain qui cahin-caha depuis une dizaine d’années – à l’instar de ses camarades Spike Jonze, Paul-Thomas Anderson ou Sofia Coppola – sort des films qui ne ressemblent à nuls autres : Rushmore, La Famille Tenenbaum, La Vie Aquatique. Une amorce d’oeuvre originale, rocambolesque, farfelue et en perpétuel mouvement, hors des rails formatés du conformisme hollywoodien.

Voyage spirituel Hors des rails, mais à bord cette fois d’un train qui parcourt le gigantesque réseau ferroviaire de l’Inde et constitue le décor principal d’une odyssée familiale bigarrée. Après les Tenenbaum et les Zissou, au tour des Whitman d’entrer dans la ronde. Et de constituer une nouvelle fratrie d’orphelins. Trois frères, en l’occurrence, qui se sont perdus de vue depuis la mort du père un an auparavant. Le récit les réunit dans un compartiment du Darjeeling Limited, première étape d’un voyage spirituel et d’une quête identitaire dont ils espèrent revenir frangins comme avant, avant les dissidences, les fractures, les fugues et les tentatives de suicide. En attendant, ces Pieds Nickelés se trimballent onze valises, une imprimante, une machine à plastifier et des kilos de comptes à régler avec la vie.
Il leur faudra se perdre en terre inconnue, revenir de la peur et de la douleur, se colleter à l’extérieur, pour renouer avec la vie et consentir à abandonner sur le quai les bagages du père, l’ombre de la mère et toutes les casseroles du passé.
De cette nouvelle donne du jeu des cinq familles que constitue pour l’heure l’oeuvre de Wes Anderson, sort un film d’une infinie douceur qui se laisse gagner et caresser par de sensuelles vagues de mélancolie. Une Suite bargamasque de Debussy par ci, une ballade des Kinks par là, une corde de sitar et le charme opère. Il y a toujours quelque chose à voir et à ressentir à l’intérieur d’une mise en scène chatoyante, extrêmement graphique, tout en notes suggestives, d’une suprême élégance lorsqu’il s’agit d’aborder les périlleuses rives de la tragédie. Nimbé d’une liberté narrative dont on savoure la fraîcheur à chaque instant, Wes Anderson repeint la vie en rouge, en bleu, en vert, couleur de l’espérance. Il en peinturlure ses acteurs familiers, Owen Wilson, Jason Schwarman, Bill Murray et Angelica Huston auxquels se joignent Natalie Portman et Adrien Brody. Surtout, il incite à s’en barbouiller au-delà du raisonnable.  • PHL.

 

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