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La Voix du Nord - Edition du mercredi 11 juin 2008


SAGAN **
Une incarnation saisissante... à qui il manque le parfum du scandale

PHOTO MAX ROSEREAU

D’Après Édith Piaf (« La Môme », film dans lequel jouait déjà Sylvie Testud) et avant Coluche, Jacques Mesrine, Romy Schneider ou Yves Montand, c’est donc Françoise Sagan qui se voit réquisitionnée par la mode des biographies filmées.


Happée à dix-huit ans par la gloire littéraire, consumée par un goût immodéré pour le jeu, l’alcool, la cocaïne et les grosses cylindrées, Françoise Sagan revit aujourd’hui sous les traits de Sylvie Testud. Moins de quatre ans après la disparition de l’écrivain, en septembre 2004, Diane Kurys aborde la vie tapageuse de cette grande bourgeoise dont le premier roman au ton désenchanté, Bonjour tristesse, connut un succès foudroyant.


Coup de tonnerre de l’année 1954, ce récit des amours d’une jeune fille un rien délurée scandalise la bonne société, décroche le prix de la Critique et se vend à quatre millions et demi d’exemplaires en cinq ans, dans le monde entier.

Épisodes tragiques


Sagan débute avec le tourbillon déclenché, dans l’existence d’une fille de bonne famille catholique, timide, un peu gauche, dénommée Françoise Quoirez, par l’accueil extraordinaire réservé à ce petit livre écrit en sept semaines aux terrasses des cafés parisiens. Un argent facile qui brûle les doigts, une gloire brutale que l’on dit déjà imméritée - Sagan ne remportera jamais un grand prix littéraire en France -, une cohorte de fervents admirateurs mais une grande solitude intérieure, les ingrédients d’une vie faite de paradoxes sont déjà réunis. Diane Kurys en déroule les épisodes tragiques bien connus : grave accident de voiture en 1957, dépendance aux stupéfiants, cures de désintoxication, fortune perdue au casino, plèvre déchirée lors d’un voyage en 1985 en Colombie avec le président François Mitterrand. Elle évoque aussi les deux brèves unions de Sagan, avec l’éditeur Guy Schoeller (Denis Podalydès) qui la trompe rapidement et le « cover-boy » Robert Westhoff, bisexuel assumé, avec lequel elle aura un fils dont elle se désintéresse rapidement. Malade et ruinée, elle sera contrainte de vendre sa maison normande. « Sa disparition, après une vie et une oeuvre également bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même », dira Sagan en rédigeant sa propre épitaphe.

D’abord un téléfilm


L’intérêt de Diane Kurys pour Sagan ne date pas d’aujourd’hui. La réalisatrice de Diabolo Menthe (1977) avait d’ailleurs proposé à l’écrivain de collaborer au scénario des Enfants du siècle, sachant qu’elle adorait la correspondance entre George Sand et Alfred de Musset. Cela ne s’est finalement pas fait, même si le projet a bel et bien abouti avec un film réunissant Juliette Binoche et Benoît Magimel (1999).


« J’ai toujours eu l’impression qu’elle faisait partie de ma vie », déclare Diane Kurys, aujourd’hui âgée de 60 ans, qui a conduit ce projet initialement prévu pour être diffusé à la télé, sur France 2, en deux parties. Après l’avoir vu (et manifestement apprécié), Luc Besson, via sa société EuropaCorp, décide d’en acquérir les droits pour le cinéma, sachant qu’une autre version sera diffusée à la télévision d’ici quelques mois.


En dehors du jeu de Sylvie Testud, sur lequel nous revenons par ailleurs (césar en vue ?), l’intérêt principal de Sagan est d’offrir une belle galerie de portraits, avec les amis fidèles, parfois pique-assiette, qui gravitent autour de l’écrivain : l’humoriste Pierre Palmade, qui campe l’indéfectible complice Jacques Chazot ; la comédienne Jeanne Balibar, magistrale dans le rôle de Peggy, âme soeur, amante et compagne de tous les vices  ; sans oublier Lionel Abelanski, dans la peau de l’écrivain et journaliste Bernard Frank. •

 

GÉNÉRIQUE

Réalisatrice :  Diane Kurys

Interprètes :  Sylvie Testud (Françoise Sagan)

Pierre Palmade (Jacques Chazot)

Lionel Abelanski (Bernard Frank)

Jeanne Balibar (Peggy)

Durée :  1 h 57

 

 

RÉSUMÉ

Une biographie filmée de Françoise Sagan, grand écrivain tout autant que phénomène médiatique qui naviguait entre la vie mondaine, l’argent vite dépensé, l’alcool, la drogue, les bolides et les ennuis fiscaux…

 

CRITIQUE

Évoquons d’abord l’interprétation puisque c’est là-dessus que va logiquement se braquer l’attention du spectateur. Une performance, devrait-on dire, tant le jeu de Sylvie Testud demeure saisissant, dépassant le simple mimétisme pour toucher à ce qu’ambitionnent tous les comédiens : l’incarnation. Tout y est : la ressemblance, le ton, la démarche et ce subtil mélange de timidité et d’insolence. L’actrice compose une Sagan insouciante et susceptible, à la fois indécise et ouverte aux expériences, capricieuse et généreuse, naïve et cassante, enfant gâtée et mère indigne… Le long métrage ne nous donne que peu de clés pour véritablement comprendre l’écrivain. Visiblement, personne ne les possédaient vraiment, y compris dans la vie réelle. Mais dommage qu’avec un personnage aussi complexe, le récit soit si résolument dépourvu d’aspérités. Conçu au départ pour un public télévisuel qu’on évite scrupuleusement de prendre à rebrousse-poil, le film de Diane Kurys se limite au plus petit dénominateur filmique commun. Les épisodes de la vie de l’écrivain font l’objet de chapitres d’égales importances relevant de l’illustration impersonnelle sans grand relief. Un comble s’agissant de la vie d’un auteur à scandale ! • C. C.

 

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