La Voix du Nord - Edition du mercredi 2 juillet 2008
MES AMIS, MES AMOURS *
Lorraine Lévy adapte son frère Marc : histoire de famille, d'amour et d'amitié

Lorraine Lévy, femme de théâtre, scénariste pour la télévision, signe ici son deuxième long métrage de cinéma, après « La Première fois que j’ai eu 20 ans » (2004). Elle est aussi la soeur de l’écrivain Marc Lévy, auteur du roman « Mes amis, mes amours » dont a été tiré le film, londonien depuis huit ans.
Lorraine Lévy, pourquoi avoir précisément adapté ce livre de Marc Lévy ? « Quand il est sorti, j’ai été très touchée par ce livre. Il abordait des thèmes qui me sont chers : l’amitié, la solitude, l’amour possible ou impossible… Des années plus tard, c’est Dominique Farrugia (ex-membre des Nuls, aujourd’hui producteur) et Marc qui sont venus à moi. Ils avaient aimé mon premier film. Et comme Marc avait renoncé à se charger lui-même d’une adaptation cinématographique, il me l’a proposée. » Adapter le livre de votre frère a certainement entraîné une pression supplémentaire… « Oui, dans la mesure où il y a l’idée de ne pas décevoir son frère. Mais à partir du moment où j’accepte, je suis plongée dans un travail qui va m’emporter loin pendant au moins deux ans. Au final, la pression s’éloigne progressivement. » Vous avez pas mal retouché le scénario au moment du tournage… « Un scénario est une matière mouvante, et quand on a la chance d’écrire soi-même le scénario qu’on tourne, ce serait dommage de ne pas le faire évoluer en même temps que le film. C’est vrai que le début, je l’ai réécrit à la moitié du tournage. Et il y a des scènes que j’ai proposées aux acteurs le matin. » Dirige-t-on de la même manière Vincent Lindon et Pascal Elbé ? « Non. L’idée, c’est d’obtenir ce qu’on veut, et on ne l’obtient pas de la même façon selon les tempéraments, les inhibitions. Avec Vincent Lindon, j’ai travaillé en force. C’est un type passionné, anxieux, toujours dans une quête de vérité, dans une remise en question permanente. Avec Pascal Elbé, j’ai travaillé en douceur. C’est quelqu’un de calme, de mesuré, de très secret. Le point commun, c’est d’aimer les acteurs qu’on dirige. Et leur demander beaucoup. » Comment se passe un tournage à Londres ? « C’est très compliqué ! Par exemple, je ne voulais pas qu’il y ait des voitures garées. On a pu le faire, mais ça n’est pas aussi simple qu’à Paris. Il a fallu l’accord de tous les habitants. C’est moi qui ait choisi cette charmante rue où se déroule l’essentiel de l’intrigue. Elle est courte, ce qui me permettait de l’embrasser avec une focale un peu large. Graphiquement, nous avions des taches de couleurs, au rez-de-chaussée, avec les boutiques, et tout le reste était blanc. Ça pouvait renvoyer de la lumière et donner de l’éclat, un côté ensoleillé, même aux journées qui ne l’étaient pas naturellement. » Vous connaissiez bien Londres ? « Étudiante, j’adorais venir à Londres. J’adore la mentalité des Anglais, l’esthétique de la ville. Tout est beau. Les taxis. Les policiers. Les jardins. C’est une ville très graphique et très cinématographique. Il y a beaucoup de couleurs. C’est une ville élégante, avec un mélange architectural incroyable. Par endroits, on a l’impression d’être en Géorgie, en Caroline du Nord, ou en Inde. Moi, à Paris, j’habite à Belleville. J’adore les ethnies qui cohabitent, sans renier leurs différences, quand il y a le boucher hallal qui demande des nouvelles au boucher casher. C’est une leçon de vie. Londres est une ville cosmopolite, avec une jeunesse incroyable. Le problème, c’est que Londres est très chère. Ici, pour une colocation sur un appartement de 60 mètres carrés où il va y avoir trois personnes, il faut compter 6 000 euros. »
Propos recueillis par C. C.
CRITIQUE
Le roman « Mes amis, mes amours » (2006) a été vendu à plus de 525 000 exemplaires, faisant de Marc Levy l’auteur français le plus vendu de l’année. Nombreux sont les coeurs sensibles attendant avec impatience la version grand écran de cette bluette qui se déroule à Londres, véritable épicentre de la comédie romantique depuis « Notting Hill », « Bridget Jones », « Love Actually » et consorts. Autant dire que le terrain a été fortement balisé, parfois avec talent. Dans le cahier des charges, nous avons deux amis, pères divorcés. L’un bourru, instable et un peu menteur (Vincent Lindon), l’autre introverti, véritable fée du logis obsessionnelle dissimulant un coeur en berne (Pascal Elbé). Nous avons aussi une ex-femme toujours ardente, une fleuriste midinette, une journaliste parée pour le coup de foudre, une restauratrice fumeuse d’herbe, et une charmante petite rue colorée aux reflets so british… Les ingrédients sont consciencieusement disposés sur notre assiette anglaise… mais la recette manque de goût, faute de sel. Où sont l’imagination, la psychologie, les surprises, le souffle ? Reste un divertissement léger et superficiel sur l’amour et l’amitié sur fond de Diana Krall et Brian Ferry, ne fonctionnant qu’à condition d’accepter Vincent Lindon dans le rôle de Hugh Grant.
C. C.
GÉNÉRIQUE
Réalisatrice : Lorraine Lévy
Interprètes : Vincent Lindon (Mathias), Pascal Elbé (Antoine), Virginie Ledoyen (Audrey), Florence Foresti (Sophie), Bernadette Lafont (Yvonne)
Durée : 1h39
RÉSUMÉ
Dans le quartier français de Londres, où règne une ambiance familiale, Mathias et Antoine, pères divorcés, décident defaire toit commun avec leurs enfants. Mais les deux amis n'ont pas la même notion des règles à respecter. Surtout quand il est question des femmes.









