La Voix du Nord - Edition du jeudi 6 septembre 2007
MUSIQUES
Manu Chao ou le mythe de la rébellion éternelle ?
Lorsque l’on demande un rendez-vous avec Manu Chao, l’attachée de presse manque de s’étouffer. « Il y a une liste d’attente de quarante personnes… » Qui aurait dit il y a vingt ans que la presse internationale courrait après un petit zébulon du rock underground ? Et plus elle court, plus il s’échappe. Moins il parle, moins sa popularité baisse. À l’heure du troisième album solo, retour sur le phénomène Chao.PAR ANNE COURTEL
roubaix@lavoixdunord.fr
En 1992, Manu Chao à la tête de la Mano Négra donne un de ses multiples concerts lors d’un festival près de Nantes. Le groupe est un phénomène, son leader pas encore… Pourtant, il a suffi que celui-ci s’invite au pied de la scène pour que les barrières vacillent sous le poids de la foule.
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Le service d’ordre le ramène vers les coulisses, il repart avec un sourire timide et gêné. C’était il y a quinze ans. Depuis, la foule n’a cessé de grossir et l’homme de brandir ce sourire. Qui aurait cru que cet enfant d’Espagnols, au phrasé de titi parisien, fan de foot et de musique, deviendrait une star aux millions d’albums ?
Au milieu des années 80, le rock français se réveille. Il secoue les squats, les usines désaffectées et la bourgeoisie. En 1987, Manu Chao rassemble la Mano Negra et publie Patchanka. Du rock teinté de rythme d’ailleurs, l’énergie du punk, la hargne de vouloir faire bouger le monde, la Mano Negra est un cocktail détonnant mené par une boule de nerfs en scène. Alors que certains ne conjuguent le rock qu’à l’anglais, le groupe chante en arabe, en espagnol, en java, en portugais… L’aventure folle durera sept ans. Mais Manu Chao refuse l’âge de raison et la Mano Negra explose.
Il prend alors son baluchon et son magnéto et embarque pour l’Amérique du Sud. Il y enregistre ses couleurs bariolées, des colères politiques, la détresse des clandestins, les ambiances de fin de bars, des désillusions… Le tout compilé, bric à braqué dans un étrange opus naïf et estampillé Clandestino . Le curieux assemblage latino touche au coeur : il s’en vendra 2,5 millions à travers le monde. Chao enflamme les scènes, se trimballe de continent en pays reculé, mais boude la France. Il sème la musique dans les pas des écrivains voyageurs, enfile d’improbables tenues bariolées et enregistre tous les sons à sa portée.
Le patchwork musical
En 2001, la station suivante se nomme Espéranza : proxima estacion. Manu Chao, le polyglotte, retrouve des accents de la Mano et recycle ses répertoires. Et cette fois, le voyageur remet les pieds sur le continent européen. Et pas forcément pour faire de la figuration. Il lie la musique à la politique. Cette fois, il l’exprime haut et fort, joue contre le sommet du G8 à Milan et dénonce le capitalisme. Les alter mondialistes viennent de trouver leur héros. Manu Chao, proche des Zapatistes, membres d’Attac, concentre la conscience politique et la fougue de l’adolescence. L’homme de 40 ans semble à jamais avoir l’énergie des 20 ans, comme le prouve le live qui sort peu après. Pourtant il disparaît dans son antre de Barcelone. Ne donne des nouvelles qu’à travers un livre-disque Sibérie m’était contée illustrée par Wozniak.
De nouveau, le lutin multicolore parcourt le monde. Insaisissable… et ses cartes postales prennent la forme d’un album. Cette fois, il envoie La Radiolina. Le patchwork musical est sans cesse renouvelé à base de sirènes d’ambulance, de bruits en tout genre, de rythmes latinos. Les slogans protestataires (notamment contre Bush) pimentent le tout. C’est un disque lumineux. Mais qu’a inventé Manu Chao ? Rien et tout. Manu, l’écologiste, recycle pour faire des chansons. Manu le musicien offre de l’énergie sud-américaine à des Européens moroses. Manu, le politique, est fidèle à ses combats et se sert de sa musique comme une arme.
Finalement, Manu Chao est peut-être le mythe de la rébellion éternelle. •
« La Radiolina » Because music 17









