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La Voix du Nord - Edition WEB du mercredi 14 mai 2008


RENCONTRE
Georges Moustaki : « J’accueille la solitude »

Il est pour tous le Métèque, le Juif errant, le pâtre grec. Interview d’une référence de la chanson qui vient de sortir « Solitaire ».

PROPOS RECUEILLIS PAR VIRGINIE CARTON
vcarton@lavoixdunord.fr

Vous vivez toujours sur l’île saint-Louis?
«Toujours. Tant que mes jambes me le permettent».

Et vous faites toujours aussi la sieste tous les jours?
«Tous les jours. C’est un plaisir. Je dors vingt minutes après le repas. C’est dans ma culture méditerrannéenne depuis toujours. Si vous allez déjeuner sur une île grecque, après le repas, on vous indique une chambre. Ça vaut toutes les thérapies.».


Vous semblez tout le temps en méditation. C’est un cliché?
«C’est un peu un cliché. Nous ne sommes pas qu’une seule chose.Mais c’est une partie de moi, oui».

L’éternel oisif est aussi un cliché car vous êtes très actif...
Très. Trop. J’écris de la prose, je peins, je joue au ping-pong, je me promène, je vais au cinéma, je lis... Je fais beaucoup de choses...»

Et vous voyagez au moins une fois par mois.
«Au moins!»

Y a-t-il une chose que vous préférez faire parmi toutes ces choses?
«C’est la diversité qui me plaît».

Vous avez écrit un roman, un seul. Préférez-vous l’écriture des chansons?
«Ecrire des chansons est un très grand plaisir. Parce que c’est l’expression la plus simple. Avec très peu de choses, on dit beaucoup. On en dit long. C’est peut-être l’exercice le plus difficile que je connaisse».

Vous dites que les voyages décuplent les sentiments, les sensations.
«C’est vrai»

Recherchez-vous la densité dans tout ce que vous faites et tout ce que vous êtes?
«Quand on voyage on a une sorte d’ingénuité, on découvre tout et tout est plus intense».

Dans votre carrière et votre vie, quelle a été la rencontre la plus marquante?
«Il y en a tellement que je ne saurais pas donner de hiérarchie. Brassens a été marquant, Henri Miller a été marquant, des rencontres amoureuses ont été très marquantes... Edith Piaf a été peut-être quelqu’un qui a réuni tout ça: une histoire amoureuse, une histoire professionnelle et une histoire humaine».

C’est l’amour de votre vie?
«Je ne dirais pas ça parce que ça n’a pas duré assez longtemps pour occuper tout l’espace de ma vie. Mais ça a été très marquant, pour reprendre votre terme».

Deux de vos nouvelles chansons semblent faire échos à deux anciennes: Solitaire, à Ma Solitude, et Le temps de nos guitares à Les amis de Georges...
«C’est pas mal vu. Je n’y avais pas pensé. Les chansons souvent se répondent. Ma solitude était une réponse à la solitude de Barbara qui était déchirante et tragique».

Elle vivait vraiment mal la solitude?
«Elle la vivait mal et elle la fuyait. Moi je l’accueille au contraire. C’est quand on est seul qu’on peut s’ouvrir aux autres. Quand on s’entoure, on ferme les accès. Si on est quelqu’un d’entouré, il n’y a plus de surprise, plus d’accueil.».

Vous n’aimiez pas au départ la voix de Vincent Delerm et finalement vous faites un duo avec lui sur votre album... Vous avez fait un grand pas.
«C’était bien de le faire dans ce sens. Partir de quelqu’un qu’on n’aime pas et s’apercevoir qu’on peut l’aimer, l’admirer et devenir son ami».

Ça vous arrive souvent de changer d’avis sur les gens?
«Je suis disposé à changer d’avis sur tout. Pour peu qu’on me laisse être séduit ou convaincu.».

Vous parlez beaucoup d’Edith Piaf. Qu’avez-vous pensé du film la Môme?
« Je trouve que ce n’est pas un très bon film. C’est vu par quelqu’un qui ne l’a pas vraiment connue et qui n’a vu en elle que les côtés sensationnels».

Avez-vous été jaloux de son grand amour pour Marcel Cerdan?
«Je ne connais pas la jalousie. Je n’aime pas qu’on soit jaloux de moi et je ne suis pas jaloux des autres. Je trouve que c’est un sentiment très envahissant et inesthétique».

On dirait que vous recherchez dans tout ce que vous faites et êtes, l’art, le beau...
«Vous avez raison. Je cherche l’harmonie. Je ne suis pas l’homme des conflits».

Si vous n’aviez plus que quelques mots à dire, quels seraient-ils?
«Je vous embrasse. Ça vous va?»

 

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